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Comment la terre s'est tue

 

Fiche de lecture de l'ouvrage de David Abram

 

INTRODUCTION

 

1. L'écologie de la magie - une introduction personnelle à l'enquête

Abram a effectué des recherches auprès de chamanes, notamment en Indonésie.

Chamane = intermédiaire entre communautés humaines et écologiques.

Modernité = incapacité à (perece)voir, faire attention à ce qui n'appartient pas à la technosphère. "La nature non-humaine peut être perçue de manière bien plus intense et nuancée qu'on ne le reconnaît en occident"

Questions :

- qu'est-ce qui rend possible cette sensibilité intense à la réalité extra-humaine ?

- comment sommes-nous devenus si sourds et si aveugles ?

 

2. La philosophie sur le chemin de l'écologie. Introduction technique

 

# Husserl & la phénoménologie

Discipline qui a le mieux remis en question l'idée de une réalité objective

Intersubjectivité : voilà ce à quoi œuvre la science

Le monde de la vie "raviver le monde vivant de notre expérience sensorielle"

 

# Merleau-Ponty & la perception

La vie attentive du corps le "corps comme véritable sujet de l'expérience" : le CORPS-SUJET.

La conversation silencieuse du corps avec les choses : "créativité à l'œuvre au niveau le plus immédiat de la perception sensorielle". "La chose la + simple peut devenir monde pour moi [...] cette chose ou cet être en vient à prendre place plus profondément dans mon monde. Le caractère animé du monde de la perception : " notre expérience plus immédiate des choses est nécessairement une rencontre réciproque".

La perception comme participation : exemple de l'illusioniste qui dépend de la participation des corps.

Synesthésie/ fusion des sens :" nous discernons dans l acte de perception une participation entre les différents systèmes sensoriels du corps lui-même

→ récupérer le sensuel c'est redécouvrir la terre.

→ la matière comme chair

"donc les cultures indigènes orales, le langage semble encourager et accroître la vie participative des sens"..

 

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PARTIE 1 : COMMENT LA CIVILISATION OCCIDENTALE EST-ELLE DEVENUE À CE POINT INSENSIBLE AUX AUTRES - QU'HUMAINS ?

 

3. La chair du langage

Comment définir le langage ?

La parole comme "gesticulation vocale"

"Nous apprenons notre langue native sur un mode non pas mental mais CORPOREL".

Vers une ÉCOLOGIE Du LANGAGE : les modernes appréhendent le langage comme un ensemble de signes arbitraires. Mais le langage est un champ corporel.

"Penser la complexité du langage humain comme liée à la complexité de l'écologie terrestre - et non une complexité qui singulariserait notre espèce indépendamment de cette matrice. Ainsi, la richesse de notre langage est inextricablement liée à celle de la biodiversité."

La magie des mots : affinité entre langage & "milieu animé".

Le langage est à la fois enraciné dans la perception et transformateur de percepts.

Quel événement at-il produit le retrait de la nature non-humaine de nos paroles et nos sens ?

 

4. L'animisme et l'alphabet

"L'écriture comme le langage humain ne s'engendre pas au sein de la seule communauté humaine mais aussi dans la relation entre cette communanuté et le milieu animé."

Abram retrace les étapes de l'écriture : des glyphes (ex. ^^^ serpent), rébus (ouvrant la possibiltié d'une écriture phonétique). "Le principe du rébus a fini par se généraliser dans le Moyen-Orient ancien."

Alphabet inventé apr les scribes sémites en ~1500 av. J.C.

"Avec l'avènement de l'aleph-beth, une nouvelle distance se creuse entre la culture humaine et le reste de la nature" : "une association directe est établie entre le signe pictural et le geste vocal, court-circuitant complètement pour la première fois la chose représentée." "Le monde plus qu'humain ne fait plus partie de la sémiotique, il n'est plus une partie indispensable du système"

 

aleph ==> alpha <== bœuf

mem ==> m <== eau

beth ==> beta <== mais)on

gimel ==> gamma <== chameau

 

"Le langage pour les hébreux était devenu un don purement humain"

 

Les grecs transposent l'aleph-beth sémitique (dans lequel les lettres gardent un lien avec des entités vivantes) et perdent le lien avec le vivant.

 

Vision dédaigneuse de la nature dace le Phèdre de Socrate. "Le travail de Lord a montré que l'apprentissage de la lecture et de l'écriture handicapait profondément le poète oral, ruinant sa capacité d'improvisation.

"C'est Platon qui, minutieusement, a développé et mise en œuvre les structures de pensée collective adaptées à la nouvelle technologie de l'écriture."

Une éternité d'idées immuables : jusqu'à Socrate, "parler, c'était vivre à l'intérieur d'un univers mis en récit et ainsi se sentir en proximité avec les protagonistes. L'alphabet ouvre une nouvelle ère où l'abstraction des situations mène la philosophie à chercher l'essence des choses (ex. la vertu)"

"Les lettres de l'alphabet, comme les idées platoniciennes, n'existent pas dans le monde de la vision ordinaire."

"Apprendre à lire et à écrire sur le mode alphabétique engendre un nouveau sens de soi, profondément réflexif [...] Le soi 'lettré' ne peut s'empêcher de sentir sa propre transcendance atemporelle par rapport au monde fugace de l'expérience temporelle".

 

"De même, aujourd'hui nous sommes incapables de discerner clairement comment nos propres perceptions et pensées se modifient du fait de notre engagement sensoriel avec les technologies électroniques, car toute tentative visant à discerner une telle modification est le de fait d'une pensée elle-même sujette à l'effet qu'elle tente de prendre pour objet".

 

"En l'absence de systèmes d'écriture formelle, les communautés humaines apprennent à se connaître essentiellement à partir du reflet que leur renvoient les animaux et les milieux animés avec lesquels elles sont directement engagées" => TOTÉMISME

 

"La lecture, dès que nous prêtons attention à sa texture sensorielle, se révèle une rencontre profondément synesthésique".... mais il s'agit évidemment d'une nouvelle forme de synesthésie, opérant une convergence entre les deux sens qui nous permettent de nous tenir à distnace du monde : la vision et l'audition !

 

⚠️ LA PERCEPTION DIRECTE, PRÉREFLEXIVE EST INTRINSEQUEMENT SYNESTHÉSIQUE, PARTICIPATIVE & ANIMISTE"!

 

"Que nous ne sentions plus l'expérience de la terre qui nous en­veloppe comme expressive et vivante doit alors signifier que l'in­teraction animée du sens a été transférée à un autre medium, un autre site de participation [...] C EST LE TEXTE ÉCRIT QUI FOURNIT CE NOUVEAU SITE !" Des lettres inertes sur la page nous parlent : "c'est une forme d'animisme que nous considérons comme allait soi mais ce n'est pas moine de l'animisme -- aussi mystérieux qu'une pierre qui parle ! Et "c'est seule­ment lorsqu'une culture déplace sa participation vers ces lettres imprimées que les pierres se taisent"

⚠️ Abram présente le naturalisme comme une forme particulièrement autoréflexive d'animisme.

"Que la lecture et l'écriture alphabétique puissent être ressenties elles-mêmes comme une forme de magie, c'est ce dont témoignent les réactions de cultures soudain mise en contact avec l'écriture phonétique" → "forme extrêmement concentrée d'animisme : une participation qui exclut des idoles sculptées et les images vénérées par d'autres peuples et s'accomplit uniquement avec les lettres visible de l'aleph-beth !"

⇒ LIEN AVEC LA RESPONSE-ABILITY : une civilisation alphabétique ne se doit de réponse qu'à elle-même.

"Confrontés à l'agression de cette nouvelle forme de magie entièrement autoréflexire les peuples natifs des Amériques - comme ceux d'Afrique plus tard - ont senti leur propre magie dépérir et devenir inutile, incapable de les protéger."

 

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PARTIE II : COMMENT LA TERRE PARLE À TRAVERS LES LANGUES

 

5. LES LIEUX DU LANGAGE

 

Abram s'intéresse aux cultures "où la participation sensorielle n'a jamais été pleinement transférée vers les mots écrits" : Amahuacas, Apaches, Koyukons, aborigènes d'Autralie.

 

# A.) Les Amahuacas, les Koyukons et le langage des oiseaux

Le chasseur comme apprenti des animaux qu'il tue : "rien n'est plus nécessaire à cet apprentissage que la connaissance du mode de communication, des signes, des gestes et des cris des animaux de la contrée" ==> "savoir-faire linguistique interspécifique".

"En l'absence de tout système d'écriture formel susceptible de stabiliser le langage local et de le rendre imperméable aux sons changeants du milieu animé, la langue des chasseurs-cueilleurs conserve tout au contraire une sensibilité singulière aux multiples sons et rythmes de l'environnement non humain, en particulier aux signes vocaux et cris animaux alentour."

Saussure : le langage humain a toujours la structure d'un réseau ramifié. Recherche récente montre "qu'une forme subtile d'onoma­topée est constamment à l'œuvre dans le langage" (cf poètes).

"Les noms Koyukons [tribu d'Alaska] des oiseaux sont souvent des quasi-onomatopées [..] dire leur nom c'est aussi faire écho à leur cri".

Nombreux tabous observés surtout pendant les chasses concernant les noms d'animaux - éviter d'offenser les êtres dont on dépend !

 

# B) Apaches & Terre d'histoires

Ethnologues constatent que les Apaches éprouvent du plaisir à énoncer des noms de lieux, toujours très précis (ex" l'eau s'écoule le long d'une succession régulière de pierres plates"). Culture orale dans laquelle les histoires jouent rôle clé et commencent toujours par un nom de dieu singulier.

"Contrairement aux longs mythes cosmologiques contés par les seuls chamans et contrairement aux sages du monde contemporain racontés d'abord pour l'amusement ces histoires sont très brèves".

"Le fait de raconter telle histoire tel jour est toujours suscité par un méfait ou écart de conduite commis par un membre de la communauté [...] elle agit comme un remède en réponse à cet écart."

"Un lieu topographique devint le garant du comportement corrigé"

Des histoires susceptibles de créer une parenté durable entre personnes et lieux particuliers

⚠️ Une histoire enveloppe ses protagonistes de la même manière que les alentours nous enveloppentt.

 

# C) Aborigènes et Temps du Rêve

Temps du Rêve = "temporalité magique durant laquelle les pouvoirs du monde environnant se sont pour la première fois engagés les uns avec les autres donc les types de relations qui sont toujours les leurs et ont acquis les allures et les formes par lecquellel nous les connaissons aujourd'hui", pour les totémistes. Chaque ancêtre totémique laisse derrière lui une "piste du Rêve" que ses héritiers peuvent retracer grâce à un "chant". Ne pas confondre le Temps du Rêve avec notre Genèse ou le Big Bang : le Temps du Rêve correspond à l'"émergence perpétuelle du monde d'un état naissant, indéterminé en une réalité complète éveillée".

Lieux mémoire : on observe dans les clans totémiques australiens "la relation la plus intime qui soit entre la terre et le langage".

Les "chants du Rêve" se scandent au rythme où on aspecte éléments du paysage, qui peuvent être traversés par ou plusieurs Rêves (sur­tout pour les sites les plus abondants)-sachant que "chaque groupe aborigène est composé d'individus appartenant à différents clans totémiques".

→ chaque groupe peut" accéder à de multiples lignes de chant"

⚠️ DEUX RELATIONS MNÉMONIQUES de base entre les histoires des Temps du Rêve et la terre alentour :

==> LA TERRE & LE LANGAGE SONT INSÉPARABLES

 

6. TEMPS, ESPACE ET ÉCLIPSE DE LA TERRE

⚠️ Sur le rapport au temps (mythes répétitif : faire le lien avec [:

Les Structures Anthropologiques de l'Imaginaire (Gilbert Durand)

 

# A) Abstraction

Dans une culture orale, le langage n'est pas une capa­cité exclusivement humaine mais un pouvoir de la terre elle-même, un pouvoir singulier dans chaque lieu auquel les humains participent.

Abstraction de l'espace : "lorsque la technologie de l'é­criture rencontre une culture jusque là orale, le pouvoir et la person­nalité qui se faisaient sentir dans ces lieux particuliers commencent à s'affaiblir. Car les histoires qui expriment a incarnent ce pouvoir sont peu à peu mises par écrit ce qui pour la première fois les rend sé­parables de ces lieux effectifs où se produisirent des évènements qu'elles racontent" → "DÉSORMAIS LES HISTOIRES PEUVENT ÊTRE EMPORTÉES AILLEURS". Pour D. A. les traces du stylo sur la page remplacent les traces animales (cf. Morizot, Damasio) : "La primauté des lieux est [...] supplantée par

une nouvelle et abstraite notion d'espace".

Abstraction du temps : l'écriture alphabétique a aussi joué un rôle

central dans l'émergence d'un temps linéaire abstrait. Dans les cultures

orales l'engagement sensoriel dans le monde se situe dans des cycles

imbriqués les uns dane les autres Eliade montre que ce temps mythe

logique cyclique est périodiquement régénéré par le répétition rituelle

d'évènements mythiques (répétition d'évènement archétypal)

"Avec l'alphabet tout change. Afin de lire phonétiquement, il nous

faut nous dégager de la participation synesthésique entre nos sens et la Terre compréhensive. Les lettres de l'alphabet [...] commencent à

fonctionner comme des miroirs nous renvoyant à nous-mêmes,

[créant ainsi] un nouveau rapport réflexif entre l'organisme humain

et ses propres signes, court-circuitant le rapport de réciprocité sensorielle

entre cet organisme et la terre (l'intellect réflexif n'est autre que

cette nouvelle boucle réflexive, cette nouvelle 'réflexion' entre nous-

mêmes & nos signes écrits)".

• Dans l'univers oral, espace et temps sont indistincts. L'expérience

directe du lieu structure tout le champ perceptif et conceptuel :"un lieu est dès le début une matrice qualitative un champ d'expé­rience vibrant puissant, capable de nous affecter". Exemple chez les Hopis : le langage ne permet pas de distinguer espace - temps mais "deux modalités fondamentales d'existence : le "manifesté (~ existence objective) et le "manifestant" (intuitions pensées désirs..).

• Les Hébreux ou l'exil deux la parole : première culture véri­tablement alphabétique connue. Non seulement cette écriture donne une prépondérance à la voix humaine, mais l'écriture a aussi cons­titué le premier refuge du peuple hébreu dans son exil "le texte écrit est devenu une sorte de patrie portable", une "terre portable" :

"Le sens juif de l'exil n'a jamais simplement désigné un état de séparation d'avec un lieu spécifique, une terre déterminée mais une expérience de séparation par rapport à la possibilité même d'être de quelque part. Mon hypothèse est que ce sentiment viscéral d'être des "déplacés", ce sentiment d'être toujours déjà en exil est inséparable de la pratique de l'écriture alphabétique, cette grande et difficile magie dont les Hébreux ont été les premiers véritables gardiens. L'écriture alphabétique ne peut retenir les sens humains que dans la mesure où ces sens rompent au moins provisoirement leur rapport de participation spontanée avec la terre animée".

"Commencer à lire alphabétiquement, c'est déjà être déplacé, coupé de la nourriture sensorielle des formes plus qu humaines. Mais c'est aussi sentir la saveur encore présente de cette nourriture".

 

⚠️ mais dans la Bible hébraïques très marquée par l'impor­tance de lieux (ex Sinaï), espace et tempe restent très étroitement liés.

• Les scribes grecs reprennent l'aleph-beth et vont un cran plus loin, en utilisant la prose écrite pour créer la perspective d'un temps historique non répétitif (Hérodote Thucydide). Euclide finira par inventer le concept d'espace homogène abstrait.

• Espace a temps absolus : l'imprimerie annonce la fin de culture européennes dominées par l'oralité et une expérience de la terre alentour comme animée et vivante (la chasse aux Sorcières peut s'interpréter comme 1 tentative d'étouffer cette culture)- Newton scellera l'absolutisme d'un temps et espace abstraits.

• Présent vivant : quand le présent nous enveloppe de sa présence.

 

[!example] Exercice

- S'installer dans lien extérieur avec une vue dégagée sur le paysage.

- Respirer profondément

- fermer les yeux

- Sentir la totalité du volume de mon passé, ensemble des évènements ayant mené ici

- Sentir la totalité du volume de mon avenir

- Visualiser ce passé a cet avenir comme deux gros ballons de temps séparés l'un de l'autre comme les deux am­poules d'un sablier, seulement reliées par ce seul instant où je suis.

- Puis très lentement laisser ces deux réservoirs de temps commencer à fuir, s'écouler vers le point central

- Laisser le présent grossir les deux pôles se dégonfler.

- Une fois que passé et futur sont dissous ouvrir les yeux

 

==> Dans l'instant, le champ de la présence n'a pas d'aspect strictement spatial ou temporel. Mais malgré les travaux d'Einstein sur la relativité l'accident a continué à distinguer espace et temps, jusqu'à ce que les phénoménologues n'entreprennent de questionner cette distinction. Husserl, Heidegger et Merleau-Ponty sont tous les 3 arrivés à la conclusion que cette distinction était intenable du point de vue de l'expérience préconceptuelle. Ironie : "la tradition phénomé­nologique s'est efforcée de retrouver l'expérience animiste à l inté­rieur même de la conscience lettrée".

 

- Topologie terrestre du temps : comment distinguer passé présent & futur du point de vue perceptuel ? Comment le "situer dans le pay­sage sensoriel"?Méthode de D. A. = chercher des "isomorphismes" entre la struc­ture conceptuelle passé /futur et structure perceptuelle du monde alentour.

↳ Être et Temps chez Heidegger permet d'identifier en iso­morphisme clair entre structure conceptuelle du temps et structure perceptuelle du paysage : l'HORIZON. Mais, dans leur relation avec le présent, passé et futur sont asymétriques : le futur l'attend, le passé le suit. Leur point commun : passé et futur sont deux formes d'absence. Qu'est-ce qui est absent du paysage dans le paysage perçu ? Ce qui est sous la terre.

↳ "L'au-delà de l'horizon, en différant sa présence, maintient ouvert le paysage perçu tandis que le sous-la-terre, en refu­sant sa présence, soutient le paysage perçu"

Le sol × l'horizon donnés par la terre transformant l'espace abstrait en

espace-temps. Et donc le présent aussi il y a une absence : l'air.

 

7. L'OUBLI ET LE SOUVENIR DE L'AIR

Principe d'immersion dans l'air de la vie humaine ^[cf. [[Coccia-La vie des Plantes]] et la "climatisation de la vie humaine" dans *Écumes* de [[Sphères, Sloterdijk]]].

"L'air est l'âme du monde visible".

Point commun aux cultures indigènes : air vent souffle = aspects d'un même pouvoir sacré "Bien du peuple indigènes tiennent le conscience [...] pour une qualité à l'intérieur de laquelle ils sont eux-mêmes."

Les aborigènes considèrent les entités visibles qui les environment comme "cristallisations d'une expérience consciente, tandis que le milieu invisible entre ca entités est vécu [comme une sorte d'inconscient]".

• Vent & esprit des grandes plaines : chez les Lakotas, la fumée du calumet

rend visible le souffle invisible.

• L'air & la pensée chez les Dinés ou Navajos : pour les Navajos "le 'vent' en quelqu'un n'est en rien autonome : il est un processus d'échange continu avec les vents variés qui environnent l'individu et est de fait partie intégrante du Vent sacré lui-même. Pour eux, l'air possède des propriétés que les chrétiens ont attribué à l'âme ou à la psyché. Pour les Navajos la "psyché" ne serait ainsi par un pouvoir immatériel qui réside en nous mais UN MEDIUM INVISIBLE ^[Cf. *Bulles* de [[Sphères, Sloterdijk]]] quoique parfaitement palpable"

Psukhein en grec = souffler.. L'air comme matière de la conscience.

"L expérience consciente loin d'être vécue comme une qualité qui-séparerait les humains du reste de la nature était à l'origine perçue comme ce qui invisiblement réunissait les humaine aux autres animaux aux plantes aux forêts et aux montagnes car c'était le medium invisible mais commun

de leur existence.

• Comment l'air en est-il venu à perdre sa qualité psychologique ? Les hébreux furent les premiers à confier à l'écriture plutôt qu'à la terre leur sagesse ancestrale. Mais ils avaient gardé une relation de participation au milieu invisible du monde, au vent et au souffle. En effet, l'aleph-beth hébraïque ne possède pas de voyelle ("abjad", ou alphabet consonnantique)- les voyelles était les seuls phonèmes qu'on peut pleinement définir comme "souffle sonore". Conséquence de ce système alphabétique : les textes hébraïques ne sont jamais autosuffisants !

"Pour être lus, il faut qu'ils soient animés par le souffle du lecteur" car un même mot écrit peut être interprété de plusieurs manieres au moment de la lecture, selon les voyelles qu'on décide d'y insérer.

L'écriture hébraïque ne peut pas avoir de signification unique et définitive. La

"Bible [est] une énigme vivante qui doit être interrogée, affrontée, in­terprétée de nouveau à chaque génération".

"Pour la kabbalistes^[Tradition ésotérique de la mystique juive], "chaque lettre de l'aleph-beth a sa propre personnalité, sa propre magie, sa propre manière d'organiser l'ensemble de ce qui existe autour d'elle" : les lettres sont des traces visibles du pouvoir de "YHWH". L'alphabet est une forme hautement concentrée et divine de magie. Le tétragramme YHWH (Yahvé) serait ainsi une combinaison suprêment puissante de lettres dont la véritable prononciation aurait été oubliée,

mais c'est lorsque les Grecs ont "importé" l'alphabet que l'air fut vrai­ment oublié. Ils reprirent certaines consonnes hébraïques (comme Aleph) pour créer des voyelles écrites. Avec cette innovation, les ambigüités des textes écrits disparaissent, à un prix élevé : la désacralisation de l'air.

"En brisant ce tabou, en transposant l'invisible dans le registre du visible, les scribes grecs ont bel a bien dissous le pouvoir primordial de l'air".

Platon et Socrate peuvent alors faire de la psyché (psukhé) un phénomène abstrait et enfermé dans le corps. En cessant de captiver les sens humains, l'air cette la place à une invisibilité conceptuelle où peuvent fleurir les Idées Pures.

 

⚠️ Attention au terme "tradition judéo chrétienne" qui efface du différences importantes entre les deux.

Le Nouveau Testament fut rédigé directement en grec : "la sensibilité dualiste promue par le système d'écriture grec a pénétré très tôt la doctrine chrétienne [...] La croyance en un paradis non sensuel et en la nature fon­damentalement immatérielle de l'âme humaine a accompagné l'alphabet dans sa propagation [...] Et partout où l'alphabet progressait, il entreprenait de faire taire les esprits et les influences invisibles de l'air-en dé­pouillant l'air de son anima, de sa profondeur psychique"

Dans une culture orale, tous les êtres possèdent un pouvoir expressif via le medium de l'air qui produit une expérience de la transcendance tuée différente de celle de l'Eglise.

==⚠️ "Il n'était pas suffisant de prêcher la foi chrétienne : il fallait

amener les peuples tribaux illettrés à faire usage de la techno­logie dont dépendait cette nouvelle foi"== ==> cf. [[Technique & imagination]] : enjeux politiques des imaginaires.

Les mots écrits remplacent peu à peu le medium invisible de l'air.

• Membranes et barrières : "le progressif oubli de l'air - la perte de l'invisible richesse du présent - a été accompa­gnée d'une internalisation croissante de l'expérience hu­maine. L'écriture permet l'émergence d'un nouveau type de sensibilité : les humains communiquent avec leurs propres traces sur un mode réflexif. Et

 

"que cette nouvelle sensibilité en soit venue à se considérer comme une intelligence isolée située dans le corps ma­tériel n'est compréhensible qu'avec l'oubli de l'air, l'oubli de ce medium sensuel mais invisible qui ne cesse de fluer dans et hors du corps respirant, liant les pro­fondeurs insaisissables qui nous entourent"

 

La vie en communauté nécessite d'ordonner nos sensations sur un mode commun, et c'est le langage qui permet de définir une frontière entre membres de cette communauté et le reste de la terre sensuelle ; une frontière poreuse et perméable. Cette frontière n'est donc pas tant une barrière, qu'une membrane.

 

"Cependant la membrane instaurée par [la] langue est ressentie [..] comme une lisière de danger et de magie, un lieu où les relations entre les mondes humains et plus qu'humains doivent sans cesse être négociées. Les chamans de toute culture orale demeu­rent précisément su cette lisière,[.] en se dépouillant régulièrement des contraintes sensorielles induites par la langue commune en dissolvant la frontière de la perception, afin de rencontrer, converser et négocier avec les intelligences non-humaines [ ..] et en faisant ensuite retour à la langue commune, LE CHAMAN EMPÊCHE QUE LES ÉNONCÉS HUMAINS NE SE FIGENT, il entretient la porosité et la fluidité de la membrane perceptuelle [pour assurer l'harmonie entre les mondes].

 

Mais l'écriture tend à figer cette frontière, a fortiori lorsqu'il s'agit d'une écriture phonétique. L'absence de voyelles dans l'aleph-beth s'apparentait aux pores de la peau du langage-que les voyellesgrecques ont bouché. La psyché se construit comme pure intériorité face au monde comme extériorité absolue (cf. [[Sphères, Sloterdijk]]), fascinée par l'ensemble des medias artificiels et strictement humains.

 

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CONCLUSION : CODA

 

"L'esprit humain n'est pas une réalité d un autre monde qui vien­drait se loger dans notre physiologie. Il est plutôt instillé, suscité par le champ sensoriel lui- même, induit par les tensions et les participations entre nos corps et la terre animée".

Pour les peuples oraux, "le langage n'est pas une invention humaine, mais don de la terre !""

"En niant que les oiseaux et les autres animaux aient leurs propre style de discours [...], nous étouffons notre expérience directe. Nous nous coupons des significations profondes de nos mots"

"D'un point de vue écologique, ce ne sont pas avant tout nos affirmations verbales qui sont "vraies" ou "fausses", mais plutôt le type de relations que nous entretenons avec le reste de la nature".

⚠️ Dans le mode de sensibilité oral, on explique en racontant une histoire, une histoire qui fait sens "dans la mesure où elle rend les sens vivants, qui les éveille".

Aujourd'hui, nos intellects réflexifs habitent un champ global d'informations, mais "le monde sensuel est toujours LOCAL. Nous avons besoin d'un retour au local mais "ce rapport organique à terre locale est contrecarré par notre union sans cesse croissante avec nos propres signes."

 

==> INSCRIRE À NOUVEAU LA LANGUE DANS LA TERRE ALENTOUR